dimanche 27 avril 2008

L'Homme au Nord

Re-coucou, les gens !
Avant de vous abrutir avec le navrant récit de mes aventures dans la riante bourgade de Nifoin, il faut que je vous raconte la semaine au camp de Lomo Nord, pas très loin de Toumodi. Vous allez me dire, 1) mais où est-ce, Toumodi ? réponse : sur la route de Bouake, à un poil de cul de Yamoussoukro; 2) mais c'était quand, ça ? réponse : du 1 au 8 mars. Vive les informations de dernière minute.

Les 200 km de bitume s'étalant entre Abidjan et Toumodi se révélèrent fort heureusement de bonne facture. Comprenez par là de la même facture qu'une départementale au fin fond de la Creuse. L'Ivoirien, être espiègle s'il en fut, appelle ça une autoroute, mais bon, les us et coutumes, hein, comme on dit..
Ce ne sont pas les quelques trous ni la végétation envahissante qui allaient ralentir la rapide progression de notre (long) convoi. J'ai ainsi pu pousser ma Sagaie jusqu'à 100 km/h, rah, lovely.
La plus amusante partie d'un trajet par ailleurs monotone fut la courte piste, dans les 15 bornes, séparant Toumodi et le petit village de Lomo Nord (et oui, il existe un Lomo Sud, avant que vous ne posiez la question avec votre air bête). Miam les trous, miam les flaques, miam la territe plein la gueule, bref, du pilotage comme je l'aime et comme j'aimerais pratiquer plus souvent !

Ci-dessus, un camp de réfug.. pardon, mon lit.

Je passe sur l'installation et la vie quotidienne sur le camp, à base de garde alternée comme d'hab'. J'ai barré deux autres jobs de ma longue liste : barman et berger. Barman, car il fallait bien tenir la popote, qui a tourné à fond la caisse. Quant à berger, ce fut court mais intense : il a bien fallu chasser ces connes de chèvres du camp, hein. Merci pour que dalle, les barbelés.

Ci-dessus, des caprins manipulateurs et du barbelé aisément corruptible.


Toutefois l'activité majeure de la semaine était pour une fois le coeur de notre métier : un tir de niveau 5. Je n'expliquerai pas en détail les 4 précédents, sachez juste que les tirs sont classés par ordre d'importance, de matos impliqué, etc. Pour vous faire une idée de l'ampleur de la chose, je précise que j'aurai énormement de bol d'en refaire un au cours de ma carrière, et à peu près aucune chance d'en faire en France. Et au vu des moyens employés et des dizaines de milliers d'euros (les vôtres) en obus, munitions, carburant littéralement partis en fumée pour l'occasion, c'est compréhensible.

Et quels moyens, mes féaux ! 10 obus par Sagaie plus 100 bastos pour la 7.62 coaxiale, plus l'escouade qui nous accompagne (FAMAS, 7.62 et grenades à fusil), appuyés par l'infanterie sur VAB (tir au FAMAS, 7.62 et 12.7), groupe de tireurs d'élite sur PGM et FR-F2, avec intervention des hélicoptères Gazelle au canon de 20 et tir de mortier pour le final !
Si avec tout ça vous n'avez pas choppé une trique monstrueuse, vous avez au moins une occasion béton pour fouiller Wikipedia et comprendre ce que je viens de dire.


Les temps forts de la manoeuvre ? J'en vois deux surtout : mon dépucelage (ah, désolé, commencez pas à sauter au plafond, je parle de tir canon) tout d'abord, et putain, ça dépote sa mère ! BOOM et ce clinquaillement métallique si caractéristique, et l'odeur de la poudre, RAH Y'A BON. L'onde de choc des tirs des engins voisin ricochant sur le blindage, c'est pas mal aussi. Il me tarde de vivre ça en Leclerc, le calibre étant plus important (90 vs 120mm), mais la Sagaie étant un bestiau léger, ça secouait bien comme il faut quand même.

video
Comme promis, vue du tir de l'intérieur \o/

Second et pas de beaucoup : la relève sur position par hélicoptère Puma. Entrée dans l'hélico en ambiance tactique (comprendre : mytho), et c'est parti pour 4 minutes de vol de la zone d'exercice au camp. Trop, trop court, mais qu'est-ce que c'était bon, on sentait le pilote qui connaissant sa bestiole ! Parce qu'à cette vitesse, à 30m du sol, avec des virages qui me mettaient face à face avec le sol, faut maîtriser. Une expérience à vivre avec la chevauchée des Walkyries en tête, of course.

Dernière chose intéressante de cette semaine (outre que pour contrebalancer la tuerie que fut ce tir, c'est là que j'appris qu'on jouait les prolongation pour un mois), le voyage retour. Cette fois-ci c'est mon chef de char qui pilotait, j'étais donc à sa place. Debout sur le siège.

Voyez le m'sieur à gauche dans la tourelle ? Là. Même posture. Sauf que pendant 230 bornes, et à 95 km/h. Débile ? Ah oui, complètement, le moindre coup de frein m'envoyait balader vingt mètres en l'air, mais putain de bite, quel bonheur : D !

Allez, je vous quitte avec une belle photo pour montrer qu'on cache parfois une âme de poète sous le pare-balle en kevlar :



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5 commentaires:

Anonymous nami a dit...

A la lecture de cette prose, j'ai eu une vision terrifiante : le vétéran égrenant de sa mâchoire en titane (ben oui mon colon ! elle avait sauté sa mâchoire lors du conflit sino-pakistano-crétois en l'an 2036) de vieux souvenirs (exploits ?) à la marmaille ébahie venue égayer son 4h avant que l'infirmière (version botox de la mère denis) ne le ramène dans son quartier boire son café au lait largement arrosé de dérivés morphiniques !
Terrifiant non ? c'est bien ce que je disais plus haut !
sans rancune va, papy...

28 avril 2008 à 09:16  
Blogger Alex a dit...

J'ai le temps XD

28 avril 2008 à 23:12  
Blogger tatiana a dit...

heuu
oui je sais
je suis blonde
d ou cette reflexion :
tu devrais faire des postes plus reguliers mais moins longs ... histoire que je puisse les lire jusqu au bout ^^

29 avril 2008 à 16:14  
Blogger Alex a dit...

Pour ça il faudrait que tu sois une part majoritaire de mon lectorat.

Lis plus vite, ou en plusieurs fois : D

29 avril 2008 à 21:14  
Anonymous Non j ai pas encore été a Blagnac a dit...

Huuum tres interessant tout ca, ca sent le gros calibre a plein nez. Ca parle de circonference , de calibre, ca photographie des chevres et des phallus au coucher du soleil.
J aime ca, je reconnais le talent de notre Alex National.

30 avril 2008 à 06:08  

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